Le logo de la Banque nationale suisse à Berne
par John Revill
La Banque nationale suisse (BNS) a déclaré lundi qu'elle était davantage disposée à intervenir sur les marchés des devises étrangères après que le conflit au Moyen-Orient a poussé le franc suisse à son plus haut niveau par rapport à l'euro depuis plus d'une décennie.
L'euro a chuté à 0,9037 franc en début de séance lundi, son plus bas niveau depuis le choc du franc de janvier 2015, les investisseurs recherchant des valeurs refuges. Il a ensuite regagné une partie de ses pertes et s'établissait à 0,906 franc, en baisse de 0,32% sur la journée.
Cette évolution a incité la BNS à procéder à une intervention verbale rare, signalant son intention de freiner le renforcement du franc, dont l'appréciation pourrait entraîner une inflation négative et nuire aux exportateurs suisses.
La banque centrale a déclaré dans un communiqué que, compte tenu de l'évolution de la situation internationale, sa volonté d'intervenir sur le marché des changes s'est renforcée.
La BNS a déclaré qu'elle est prête à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation rapide et excessive du franc, qui compromettrait la stabilité des prix en Suisse.
SOUVENIRS DE 2015 ET 2016
La dernière déclaration de ce type en date par la BNS remontait à 2016, lorsque que le vote britannique en faveur de la sortie de l'Union européenne avait déclenché une flambée du franc.
L'année précédente, l'euro avait chuté de 30% par rapport au franc, touchant un niveau record de 0,850 franc, après que la BNS avait supprimé son plafond de trois ans sur la valeur de la monnaie suisse par rapport à l'euro, provoquant une onde de choc sur les marchés mondiaux des devises.
La BNS a refusé de commenter lundi si elle était déjà intervenue sur les marchés des devises étrangères.
Charlotte de Montpellier, économiste senior chez ING Bank, a déclaré que la déclaration de la BNS était une surprise, mais qu'elle reflétait la situation difficile dans laquelle se trouve la banque centrale.
"Ils espèrent probablement qu'en affirmant clairement leurs intentions et le sérieux de celles-ci, cela aura un effet sur le franc", a déclaré Charlotte de Montpellier.
La BNS pourrait également penser que les États-Unis, qui surveillent la Suisse pour détecter d'éventuelles manipulations monétaires, pourraient se montrer plus tolérants à l'égard des interventions suisses sur le marché des devises en raison de la situation de crise, a-t-elle ajouté.
Les analystes ont déclaré qu'ils s'attendaient à ce que la BNS vende des francs pour ralentir l'appréciation de la monnaie, mais qu'elle ne baisserait pas les taux d'intérêt en dessous du niveau actuel de 0%.
"Nous pouvons nous attendre à certaines interventions de la BNS pour ralentir ce mouvement, mais nous ne pensons pas que la BNS défendra un certain niveau et empêchera le franc de descendre en dessous", a déclaré Alessandro Bee, économiste chez UBS.
"Elle voudra freiner quelque peu cette tendance, mais ne défendra pas le niveau de 0,90, par exemple, car ces forts afflux vers le franc pourraient s'inverser très rapidement", a-t-il ajouté.
Alessandro Bee a déclaré qu'il était difficile de savoir combien de temps cette situation allait durer, et qu'il n'était donc pas judicieux de rendre les taux d'intérêt suisses négatifs ou de prendre d'autres mesures d'urgence.
"Cela ne serait approprié qu'en cas de problèmes à long terme, tels qu'un ralentissement de l'économie mondiale ou une baisse des taux par d'autres banques centrales", a déclaré Alessandro Bee.
"Cette flambée du franc n'est pas un problème structurel dans la zone euro comme ce qui s'est produit en 2011. Elle est due à la géopolitique et à l'aversion au risque", a-t-il ajouté.
(Rédigé par John Revill ; version française Coralie Lamarque, édité par Augustin Turpin)

4 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer